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La Culture en deuil : Makena Diop est mort ! Par Amadou Lamine Sall

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Un fils prodigieux du Sénégal vient de mourir en France. Nous devons tous le savoir. Prenez une minute, une petite minute pour aller voir et lire qui est Makéna Diop.

J’ai appelé Pape Faye dans la nuit du vendredi 26 mars, tard, pour lui apprendre la nouvelle. Nous étions sans voix. A quelques petits jours de la célébration de la Journée Internationale du Théâtre, le plus achevé des comédiens sénégalais et africains de sa génération, vient de mourir. Il a porté loin le Sénégal. Installé en France, il a continué à travers toute l’Europe, au théâtre comme au cinéma, à faire applaudir le Sénégal et l’Afrique. A les faire aimer et à les faire respecter. Le respect compte.

Makéna c’était Makéna. Un artiste dans un artiste. Un comédien d’altitude au talent sûr et pur.

Émerveillé et émerveillant, il tenait en haleine par sa voix juste, sonore. Son physique séduisait. Il captivait. Il ne jouait pas. Ce sont les mauvais comédiens qui jouent. Lui, il volait, il mutait sur scène. Il se métamorphosait. Il ne marchait pas. Il dansait. Il glissait sur les planches. Le ton de sa voix venait d’un ailleurs ou l’imaginaire fascinait et domptait le réel. Il était prestidigitateur !

Tous, tous ceux qui l’ont connu en diront plus que moi sur Makéna Diop.

Allez voir son répertoire. Il Inspire le respect. Aucune discipline artistique ne lui était etranger. Makéna était une pure grâce. Sa mort ne peut pas et ne doit pas passer inaperçue. Ce serait injuste. Pape Faye le sait. Seyba Lamine Traoré son ami, le sait. D’autres le savent. Ce nom là ne doit pas être oublié. Ce fils magique du Sénégal a tissé à son pays bien des lauréats. Il mérite de la nation. Et pas peu. J’en témoigne.

Sa mort le jeudi 25 mars en Europe, m’a coupé en deux. Tétanisé. Apeuré. Perdu. Affaissé. Je connaissais son talent. J’ai vécu son affection et son amitié. La dernière fois que nous sommes vus, c’était au Village des Arts de Dakar dans l’atelier de l’iconoclaste artiste El Hadji Sy. Le plus inspiré, le plus stupéfiant dans la créativité picturale. Il peint comme il théorise son art. Faire les deux n’est pas évident. Nous devons prendre le temps de s’arrêter sur nos artistes. Leur pouvoir de gouverner la cité par l’art, rejoint leur pouvoir d’innovation, d’audace, d’expression politique et sociale.

Je souhaite de tout mon cœur voir un jour le président de la République aller rendre visite aux artistes du Village des Arts et les écouter sur la marche de leur pays.

Leurs idées, la puissance, l’originalité et la générosité qui les accompagnent, sont époustouflants. Le roi du Maroc, Mohammed VI, peut en dire un mot, lui qui passe chez eux faire son marché quand il est à Dakar.

Je le demande à mon Président.

Makéna Diop est mort. Ces artistes là ne devraient pas mourir. Qui les connaît, les pleure toute une vie.

Le Sénégal à l’insu de ses gouvernants, s’est habillé d’or et de pourpre dans le monde grâce à des orfèvres comme Makéna. Leurs noms doivent figurer à la fois au fronton de notre fameux Grand Théâtre et du Théâtre Sorano dont nous attendons la renaissance. Nous avons confiance.

Makéna DIOP est donc mort. Avec sa disparition, quelque chose meurt en nous, nous qui savions qui il est, ce qu’il a fait, créé, produit, porté.

Oui, ce pays, son pays, qu’il aimait tant et dont il était un ambassadeur accrédité sans décret, mais par la seule grâce de la création, lui doit une tombe.

Mes condoléances à sa famille, aux comédiens du Sénégal et d’Afrique, à ses amis d’Europe qui lui ont ouvert les scènes les plus fermées et les plus prestigieuses du théâtre mondial.

Comme acteur de cinéma, Makéna Diop a également une filmographie forte et heureuse. Allez donc la découvrir !

Mes condoléances au Président Macky Sall, Abdoulaye Diop ministre en charge de la Culture et homme de cœur.

Mes condoléances à Awa Sène Sarr qui, comme Makéna, est allée allumer le feu de la créativité et du génie artistique sénégalais à l’étranger. En Belgique.

Installons au cœur de Dakar ou sur la corniche, une stèle où seront inscrits le nom de nos artistes traditionnels et modernes, au sens large, les morts comme les valeureux vivants: musique, chant, littérature, danse, sculpture, peinture, théâtre, couture, cinéma, etc.

Makéna Diop est mort. Il était parmi les meilleurs d’entre nous. Son rire était contagieux. Il était tout simplement magnifique.

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