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«Touriste» le film de propagande russe pour la Centrafrique

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Aujourd’hui, il n’y a pas que Hollywood qui fabrique la propagande. La Russie et le Centrafrique ont coproduit un film de propagande «Touriste». Ce film russe, tourné en République centrafricaine (RCA), en mars-avril, glorifie l’action des «instructeurs» russes aux côtés du pouvoir centrafricain, durant la période de la dernière élection présidentielle, en 2020, qui a vu la réélection de Faustin Archange Touadéra. Il raconte l’histoire d’un jeune mercenaire russe, répondant au pseudonyme de Touriste, qui lutte contre la rébellion dirigée par l’ex-président François Bozizé. Blessé et évacué durant les combats, le contractor verra, depuis Moscou, la cérémonie d’intronisation du président réélu, fin mars 2021. Ce film magnifie l’action du Groupe Wagner, la célèbre société militaire privée (SMP), proche du Kremlin, en quelque sorte, un film corporate. Depuis la fin de l’opération française Sangaris, en 2016, la Centrafrique se tourne de plus en plus vers la Russie, qui en profite pour pousser ses pions en lançant, notamment, diverses campagnes anti-françaises et anti-occidentales. Sur le terrain, on trouve la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (Minusca), un peu plus de 11 000 soldats), L’European Union Training Mission in Centrafrica, qui forme l’armée centrafricaine et un petit contingent de soldats rwandais. Quant à la Chine, elle s’occupe de la formation de policiers, tout en renforçant discrètement son empreinte économique. La RCA est un pays potentiellement riche, notamment en diamants et en minerais. Ce film est apparemment financé par la nébuleuse d’Evgueni Prigozhin, oligarque poutinien. Le même dirige le «Groupe Wagner», actif notamment en Syrie et en Ukraine. En Afrique, outre la RCA, on a pu le voir notamment en Libye, au Mozambique et au Soudan. En Centrafrique, les «wagnériens» s’occupent de la formation des Forces armées centrafricaines (Facas) et font office de garde rapprochée du président Touadéra. Evgueni Prigozhin, c’est aussi diverses sociétés liées au monde d’Internet, qui ont tenté d’influencer différentes campagnes électorales, aux États-Unis notamment. L’agence de presse Riafan.ru, proche d’Evgueni Prigozhin, y voit «la première oeuvre de création commune de Moscou et Bangui, ce qui confirme, une fois de plus, l’amitié des deux peuples». Le film est tourné en décors réels. Ainsi, entre-t-on dans le Palais de Berengo, ancienne résidence de l’empereur Bokassa, devenu le Quartier général des instructeurs. On navigue dans Bangui, on se retrouve en pleine brousse, etc. Les Facas ont prêté leurs hommes pour la figuration, le Groupe Wagner son matériel. Certains mercenaires seraient même présents dans le film, jouant leur propre rôle. Le film est diffusé quelques jours plus tard en Russie, sur la chaîne NTV, à une heure, certes, tardive. De nombreux sites et journaux africains en parlent, etc. Plusieurs grands médias internationaux, de CNN à TV5 Monde, évoquent la chose. Par ces divers dispositifs, les promoteurs de «Touriste» entendent en faire un vecteur dépassant le seul cadre centrafricain et cela semble assez bien fonctionner. Le film vient, en quelque sorte, parachever le dispositif informationnel et communicationnel mis sur pieds en RCA. La Russie y a développé divers journaux et médias Internet, achetant des articles aux journalistes locaux (pratique courante dans de nombreux pays et qui n’est pas l’apanage de la seule Russie).

 

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