mercredi, septembre 22, 2021
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Piraterie, brigandage: «Le golfe de Guinée reste la zone qui inquiète le plus l’industrie maritime»

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De toutes les mers du monde, le golfe de Guinée est la zone maritime la plus exposée à la piraterie et au brigandage. Elle est devenue pour l’industrie maritime la zone la plus dangereuse du monde. Entretien avec Gilles Chehab, le commandant du MICA Center, en charge de la sécurité maritime de cette région.Le capitaine de corvette (CC) Gilles Chehab, qui est depuis trois ans le commandant du MICA Center (Maritime Information Cooperation & Awareness Center), hébergé au sein de la préfecture maritime de l’Atlantique à Brest, a toujours eu un parcours opérationnel. Commandant de deux unités à la mer, il a eu une expérience ouest-africaine en étant affecté pendant deux ans au Sénégal et a été officier à la division entraînement à la force d’action navale (FAN).

 

CC Gilles Chehab : Le MICA Center est une unité assez récente dont la mission est de contribuer à la sûreté en mer. Si l’on remonte dans le temps, la Marine nationale a toujours eu des échanges avec l’industrie maritime et notamment avec les armateurs français. Cela a toujours existé : jusqu’en 2019, ce lien inscrit dans un cadre régalien s’appelait « le contrôle naval volontaire » et faisait l’objet d’une instruction interministérielle. Ainsi la Marine nationale et les armateurs se rencontraient régulièrement même si, jusqu’à la fin du XXe siècle, peu de nouvelles résolutions avaient été prises car le sentiment de sécurité des mers prévalait depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et avec la logique de la guerre froide.Depuis la chute du mur de Berlin et l’effondrement du bloc soviétique, les rapports de force ont été profondément remaniés, certains États, autrefois soutenus par un camp ou un autre, et dont l’économie et les gouvernements étaient portés à bout de bras par les grandes puissances, sont aujourd’hui faillis ou en grande difficulté. Ainsi a émergé une criminalité maritime d’une ampleur inconnue jusqu’ici. Cela a commencé du côté de Malacca (Asie) puis de la Somalie avec le golfe d’Aden et le bassin somalien.

Depuis le début du XXIème siècle, le nombre d’attaques a connu une forte augmentation. Les armateurs français se sont sentis très concernés notamment suite à l’affaire du « Ponant » qui a marqué les esprits : le « Ponant » était un grand voilier appartenant à la société du même nom, qui a été attaqué en 2008 au large de la Somalie. L’équipage a été kidnappé par les pirates ; une opération impliquant les commandos marines (commandos Hubert) a permis de les libérer. C’est une opération qui s’est montée très rapidement. La marine nationale a la capacité de réaliser ce type d’opération mais estime qu’il faut s’attaquer au risque à sa racine plutôt que de courir après chaque navire pour en sauver l’équipage : le principal objectif est que les marins civils ne soient pas kidnappés et que les navires de commerce ne soient pas inquiétés.

L’industrie maritime qui se sentait jusqu’alors très protégée a pris véritablement conscience du fait que les mers n’étaient peut-être plus si sûres. Elle s’est naturellement rapprochée de la Marine nationale. À partir de ce constat, il a fallu revoir comment on pouvait aider l’industrie maritime et les échanges se sont multipliés avec les armateurs. En 2008-2009, la piraterie s’est développée dans le golfe de Guinée. Pour sécuriser [ses] eaux, les États riverains se sont réunis à Yaoundé en juin 2013. Ce sommet s’est traduit par la définition d’un processus global permettant de lutter contre l’insécurité maritime en Afrique (la piraterie et les attaques à main armée-brigandage).

En soutien à ce processus, et à la demande de l’industrie maritime, la Royal Navy et la Marine nationale ont créé un mécanisme de report virtuel nommé le MDAT-GOG (Maritime Domain Awareness for Trade – Gulf of Guinea). La même année, en 2016, la fusion du Contrôle naval volontaire et du MDAT-GOG a donné naissance au MICA Center.

Concrètement, en quoi consiste l’intervention du MICA Center ? 

L’objectif du MICA Center est de contribuer à la prévention, à la connaissance et à l’anticipation de ce qui se passe sur l’ensemble des océans. Le MICA Center emmagasine de l’information qui lui vient du monde civil (compagnies, navires, médias ou autres centres de fusion qui sont parfois privés…) et récupère de l’information à caractère étatique, grâce à la Marine nationale, mais aussi via les marines alliées et la coopération avec d’autres pays. Tout cela est intégré dans une base de données animée par un logiciel puissant qui permet de suivre en temps réel ce qui se passe sur l’eau, notamment pour tous les navires qui adhèrent à notre protocole.

 

 

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