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Finalement débordée par la crise du Covid, la Tunisie lance un appel à l’aide

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Débordée par l’explosion des cas de Covid-19, la Tunisie compte désormais sur l’aide internationale pour faire face à la crise sanitaire. Une situation critique pour ce pays qui avait pourtant anticipé avec succès la première vague de la pandémie. La France a placé la Tunisie sur sa liste rouge, interdisant temporairement les déplacements des voyageurs non-vaccinés “sans motif impérieux”.

Les appels aux dons pour venir en aideaux hôpitaux se multiplient depuis la Tunisie, en proie à un “effondrement” de son système sanitaire, terme employé par la porte-parole du ministère tunisien de la Santé. Tandis que l’ambassade tunisienne en France en appelle à la diaspora pour récolter de l’argent, mais aussi du matériel médical et paramédical, le président Emmanuel Macron a affirmé, lundi, sa volonté d’accroître l’aide accordée par la France aux pays les plus touchés par la pandémie – avec une pensée “particulière” pour la Tunisie. Comment ce pays, qui avait pourtant anticipé avec succès la première vague épidémique de mars 2020, est-il devenu, un an plus tard, le plus touché du continent ? Retour sur une lente descente aux enfers.

Première épidémie maîtrisée 

“Il faut garder cette vigilance qui paie (…) Nous sommes arrivés à maîtriser cette épidémie”. Le 12 mai 2020, dans un entretien exclusif à France 24, le Premier ministre tunisien Elyes Fakhfakh dressait un premier bilan de la gestion de la crise sanitaire. Le Covid-19 avait déjà fait plus de 280 000 victimes dans 187 pays, la France en comptabilisait déjà 27 000 tandis que la Tunisie n’avait enregistré que 45 décès. Même au Maghreb, alors relativement épargné par la pandémie, le pays faisait figure de bon élève, comparé à l’Algérie ou bien à l’Egypte qui avaient tous deux franchi la barre des 500 morts. Dès avril, alors que la Tunisie ne comptabilisait qu’un seul décès dû au Covid-19, les autorités avaient misé sur la prévention en imposant un confinement strict. Un mois plus tard, à l’heure du déconfinement, le Premier ministre se félicitait que le “contrat de confiance” passé entre les autorités et les Tunisiens pour endiguer la pandémie fonctionne, en se gardant de tout triomphalisme : “Nous maintenons la même démarche, toujours anticiper, toujours rester vigilant”.

Explosion des cas  

Cette vigilance est mise à à rude épreuve à l’automne 2020, avec l’arrivée sur le continent africain de la seconde vague. Celle-ci intervient dans un contexte tendu : miné par des dissensions politiques ayant conduit à la formation, en septembre, d’un gouvernement de technocrates, le pays fait face à d’importants mouvements sociaux liés à une crise économique profonde – avec, notamment, des manifestations de personnels hospitaliers dénonçant le manque d’investissement dans le public et l’impunité des mauvais gestionnaires. À cette période, le nombre de cas augmente en flèche dans le pays. Les hôpitaux souffrent déjà d’une pénurie de personnel et de nombreux médecins appellent à durcir les mesures sanitaires. Acculé, le gouvernement décrète, le 12 janvier, un confinement de quatre jours ainsi qu’un couvre-feu. Une initiative qui ne suffit pas à endiguer la vague avec un bilan qui approche, en février, les 70 morts quotidiens.

Retards de vaccination  

Alors que ses voisins marocains et algériens lancent leur campagne vaccinale en janvier, il faut attendre le 13 mars pour que la Tunisie administre ses premières doses. En cause, des lenteurs dans l’adoption des deux projets de loi exigés par les fournisseurs de vaccins auxquels s’ajoutent les retards de livraison du programme Covax. C’est finalement grâce à 30 000 doses de Spoutnik V que débutera la campagne de vaccination des soignants. Accusées d’inertie, les autorités promettent de vacciner 3 millions de Tunisiens avant le mois de juin. Mais elles ne parviendront pas à rattraper leur retard. Avec 2,14 millions de doses administrées au 11 juillet, le pays n’est parvenu à vacciner complètement que 5,3 % de sa population. En parallèle, la Tunisie est confrontée à des difficultés d’approvisionnement en oxygène médical. Avec l’afflux de cas graves dans les hôpitaux, le risque de pénurie se fait sentir, amplifiant la pression subie par un personnel devant déjà composer avec d’importants déficits matériels.

Une troisième vague “catastrophique” 

Confrontée à une troisième flambée épidémique depuis avril, la Tunisie ne fait pas figure d’exception en Afrique, ni même au Maghreb. Seulement, quand le Maroc ou l’Algérie enregistrent une quinzaine de décès quotidiens, la Tunisie bat aujourd’hui des records avec une moyenne de 140 décès journaliers sur les sept derniers jours. Rapporté à sa population, ce ratio est aujourd’hui le plus élevé d’Afrique. Une progression record, donc, dans le pays qui compte déjà le plus fort taux de mortalité du continent – plus de 16 000 décès pour 11,7 millions d’habitants.

La porte-parole du ministère de la Santé a reconnu jeudi que la situation était “catastrophique” avec plus de 92 % des lits de réanimation occupés dans le secteur public. Alors que les hôpitaux de la capitale ont déjà atteint le stade de saturation, des photos circulant sur les réseaux sociaux montrent des patients traités à même le sol faute de lits. “L’année dernière à la même époque, des campagnes appelant aux dons avaient déjà eu lieu alors qu’il y avait très peu de cas car les Tunisiens ont bien conscience de la fragilité de leur système hospitalier qui souffre déjà, en temps normal, d’un manque de budget et de ressources”, souligne la correspondant de France 24 à Tunis, Lilia Blaise.

Lourdement endettée et durement affectée par l’arrêt du tourisme, son premier secteur d’activité, la Tunisie compte plus que jamais sur le soutien de la communauté internationale. L’Algérie, l’Arabie Saoudite, le Qatar ou encore la France ont annoncé l’envoi d’une aide médicale ainsi que de doses de vaccins. Paris a parallèlement décidé de placer la Tunisie sur sa liste rouge, suspendant temporairement les allers et retours des voyageurs non-vaccinés “sans motif impérieux”.

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